Ce n’est pas la première fois qu’une lettre ouverte est adressée à celles et ceux qui transmettent le savoir et contribuent à former des esprits éclairés, capables de se repérer et de s’assumer dans un monde de plus en plus incertain. C’est sans doute la première fois, en revanche, qu’un chef d’entreprise, président du Medef qui plus est, prend la plume pour rendre hommage à l’école. Pour vous rendre hommage, ainsi qu’à votre mission irremplaçable, mais aussi pour témoigner de sa volonté d’engagement aux côtés de vous tous, professeurs, conseillers d’éducation, personnels administratifs qui, chaque jour, accueillez et éduquez les jeunes de ce pays quelles que soient leur origine, leur confession ou leur milieu social. Il me semble que c’est aujourd’hui mon devoir de citoyen comme de président du Medef.

Les assassinats de Samuel Paty puis de Dominique Bernard ont constitué un profond traumatisme national. Ces actes ignobles qui nous ont choqués et vous ont blessés au plus profond de votre mission, mais aussi, et cela est bien naturel, vous ont atteints, vous et vos familles, humainement. L’école, parce qu’elle est un sanctuaire républicain, n’est pas épargnée par la barbarie. Elle est même spécifiquement visée. Avec vous, avec l’Ecole, c’est la nation tout entière, et ses valeurs, que l’on attaque.

Notre école a besoin du soutien de tout le pays. En particulier celui des entreprises. Sachez que vous l’avez. Nous croyons, au Medef, que l’école a une importance cruciale pour former les esprits, et pour préparer les jeunes gens à jouer pleinement leur rôle dans la société, en particulier en réussissant leur vie professionnelle.

A ce titre, pour nous, l’universel ne peut être séparé de l’opérationnel. C’est à l’école que le savoir-être comme le savoir-faire se construisent. En cela, la mission de toute la communauté enseignante est un bien précieux qu’il faut défendre et faire vivre.

En lançant une grande réforme de l’enseignement professionnel, le Gouvernement avance dans cette voie, pour décloisonner et revaloriser des filières qui toutes, participent à l’émancipation et à l’intégration des jeunes dans la vie de la cité. Cette intégration est indispensable à la cohésion nationale. Nous avons voulu y contribuer en créant avec vous, il y a 23 ans, la semaine Ecole-Entreprise. Née de la volonté de rapprocher le monde éducatif de celui de l’entreprise afin de préparer l’insertion des jeunes dans le monde du travail, cette semaine n’est pas qu’un symbole. Elle se traduit par plus de 700 actions concrètes sur l’ensemble du territoire. Elle n’est pas qu’un bilan chiffré, impliquant 19 000 enseignants, 5600 établissements, 11 000 entreprises. Elle est un véritable mouvement qu’il convient d’amplifier. Une nouvelle semaine débutera le 27 novembre prochain. Elle doit être l’occasion de donner un nouvel élan à la coopération entre la communauté enseignante et les entrepreneurs.

A ceux qui y voient une forme de prosélytisme sinon de militantisme, je veux dire qu’ils font fausse route. Sans école, pas d’entreprise, et sans entreprise, pas d’école. La formule peut paraître simpliste mais elle souligne la force des liens indéfectibles entre deux institutions qui sont le socle de notre vie en société. Resserrer ces liens réciproques est un enjeu majeur pour les jeunes comme pour les entreprises, à l’heure où nous sommes confrontés aux défis des transition écologique et numérique, de la montée en puissance de l’IA, etc., qui demandent d’acquérir des compétences nouvelles pour préparer les jeunes à rejoindre des métiers en transformation, et pour beaucoup encore inconnus… Pourtant, ces liens ont sans doute été négligés, voire peut-être antagonisés, par méconnaissance réciproque, parfois par idéologie. La seule idéologie qui vaille est celle de notre volonté partagée de construire une société plus responsable, consciente de l’impératif de défendre notre bien commun. Et ce bien commun, c’est la démocratie et l’environnement dans lequel nous pourrons vivre ensemble demain.

A la veille de cette semaine Ecole-Entreprise, je veux vous dire combien nous sommes fiers de votre engagement et vous assurer que vous pouvez compter sur celui des entrepreneurs de France.

Hannah Arendt soulignait que l'éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité. Je crois profondément que nous avons collectivement la responsabilité de faire aimer ce monde à nos jeunes, même et d’autant plus quand la violence de ce monde donne des raisons de douter. Merci d’être, envers et contre tout, les formateurs, les émancipateurs et les passeurs dont nos jeunes ont besoin !

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